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Association suisse de
psychologie du travail de langue française
Le stress dans l'enseignement |

Le stress dans l'enseignement
Compte-rendu rédigé
par Isabelle Piérard du colloque du 10 février 1996
animé par Luc Brunet
et par Marie-Claude Audétat
Cette manifestation, organisée
conjointement par l'APTLF-CH et le centre de perfectionnement du corps
enseignant de Neuchâtel, a réuni plus de 60 personnes (la
plupart des enseignants) ce samedi matin. Luc Brunet a ouvert le feu avec
un exposé théorique. Marie-Claude Audétat a poursuivi
avec la présentation d'une étude de cas. La discussion qui
a clos a permis d'ouvrir quelques portes. Cet ordre chronologique est respecté
dans le compte-rendu des pages suivantes.
Le
stress dans l'enseignement : Luc Brunet
Le
cas de Monique : Marie-Claude Audétat
Discussion
Le stress dans l'enseignement
: Luc Brunet
Le burn out est un syndrome d'épuisement
physique et émotionnel, comprenant une image de soi-même négative
envers le travail, ainsi qu'une perte d'intérêt et de préoccupations
envers les gens dont nous sommes responsables.
Le burn out intervient chez les personnes
qui doivent dépenser beaucoup d'énergie psychique et physique
dans leur travail. Il concerne plus particulièrement les profession
liées aux relations humaines. Cette "brûlure" se manifeste
chez les personnes qui s'investissent beaucoup, et qui s'aperçoivent
que le résultat n'est pas à la hauteur, soit parce qu'ils
se sont trop impliqués émotivement, soit parce qu'ils n'ont
pas mesuré leurs efforts. Dans l'enseignement, on estime que 75%
de l'absentéisme est dû au burn out.
Les manifestations du
burn out
-
épuisement physique et émotionnel
plus ou moins marqué, mais qui ne peut être récupéré
par une bonne nuit de sommeil ;
-
attitudes profondément négatives
face aux étudiants ;
-
perte du sentiment d'accomplissement et d'actualisation
au travail, qui peut conduire à une haine du travail, et parfois
à la démission.
Ce syndrome atteint les personnes entre 38
et 43 ans, ayant manifesté une forte implication au travail pendant
10 à 15 ans.
Les causes du burn out
causes externes
|
causes internes
|
-
rôles administratifs
-
discipline
-
manque de temps
-
problèmes administratifs
-
critique publique de l'école
|
-
mauvaise condition physique
-
personnalité à risque
-
différence entre habiletés et
emploi
-
anxiété non contrôlée
|
Les principaux facteurs
de stress
1. L'exercice de la discipline dans la
classe
2. Le surplus de travail
3. Le manque de pouvoir sur les prises
de décision
4. Le manque de motivation des étudiants
5. Les relations de travail
6. Réconcilier ses attentes avec
celles des parents, des élèves, et de l'administration.
Les symptômes du
burn out
a) psychosomatiques
-
maux de tête
-
problèmes gastro-intestinaux
-
hypertension artérielle labile
-
neurasthénie
-
problèmes cardiaques
-
insomnie
b) sociaux
-
problèmes avec les ami(e)s et le (la)
conjoint(e)
-
se sent différent des autres
-
s'isole
Une remarque : plus l'individu sombre
dans la dépression, moins il voudra de l'aide, car il ressentira
cela comme un stress supplémentaires.
c) psychologiques
-
dépression, envie de pleurer le matin
-
dévalorisation, "je ne suis plus bon
à rien"
-
phobies : agoraphobie fréquente, crises
de panique dans la classe, peur de perdre le contrôle de soi-même
-
suspicion, notamment vis-à-vis des
collègues
-
perte d'intérêt
d) occupationnels
-
baisse du niveau de tolérance à
la frustration
-
augmentation des attitudes autoritaires
-
résistance au changement
-
remise en cause de la profession
Evolution du burn
out
a) confusion
(dure de 3 à 18 mois)
L'individu pressurisé au travail
:
-
développe des appréhensions
et des angoisses
-
éprouve un sentiment diffus de crainte
à propos de tout ce qui l'entoure (impression que quelque chose
de terrible va survenir)
-
associe des images à son angoisse (peur
des lieux publics, d'être seul)
-
des maux de tête fréquents apparaissent,
surtout avant d'aller enseigner
-
des problèmes d'hypertension se manifestent
-
insomnie (le sommeil est un élément
facile à perturber)
-
manque d'énergie
-
perte du feu sacré pour l'enseignement
Ces éléments entraînent
un état dépressif qui précipite l'entrée dans
la phase de frustration.
b) frustration
(dure de 6 à 18 mois)
L'individu éprouve :
-
une forme de frustration, de rage
-
le sentiment d'être impuissant à
surmonter une angoisse qui n'a pas de fondement rationnel
-
en vient à détester son emploi,
ses étudiants, ses compagnons de travail, ses amis
-
le désordre physique devient plus prononcé
-
les tranquillisants et l'alcool deviennent
une habitude de vie
-
l'enseignant n'ose plus sortir de la maison
c) désespoir
(dure de 1 à 6 mois)
Durant cette phase, l'individu refuse tout
aide, sauf à la fin, quand il craque.
L'individu :
-
sent que ses efforts ne servent à rien.
La vie n'a plus de signification
-
a l'impression d'être manipulé
par les autres, qu'il suit le courant
-
les symptômes physiques deviennent insupportables
-
devient apathique : évite toute responsabilité,
toute réunion sociale
C'est la phase de mise hors combat
A ce stade, l'individu est en congé
de maladie et une psychothérapie est indispensable. La guérison
peut prendre de 1 à 3 ans, mais la personne peut recommencer à
travailler après 6 mois. Une remarque importante : la guérison
reprend le chemin inverse de la maladie. La victime du burn out sera donc
contrainte de revivre des moments pénibles, liés surtout
aux symptômes physiques. Ils seront cependant de courte durée.
Le burn out peut être un épisode unique, ou bien revenir périodiquement
et devenir chronique.
Prévention et traitement
du burn out
-
Développer une philosophie de vie positive.
-
Faire le point sur l'environnement de travail.
-
Se mettre en forme psychologiquement.
-
Se mettre en forme physiquement.
-
Gérer sainement son temps.
L'environnement
de travail
-
éliminer les tâches stressantes
-
exiger une meilleure définition de
ses rôles et de ses responsabilités
-
exiger une politique de feed-back positif
et continu sur son rendement
-
exiger une meilleure définition des
objectifs de travail
-
négocier des relations de respect mutuel
avec ses employeurs
Mise
en forme psychologique
-
développer une philosophie de
vie qui soulage la crainte et l'appréhension et empêche l'angoisse
de vous surmonter
-
apprendre à s'aimer et à s'accepter
-
apprendre à dire "non" sans culpabilité
-
diminuer son acharnement au travail
-
prendre de temps en temps de petites pauses
: fin de semaine à la campagne
-
trouver un hobby
-
faire le point sur ses aspirations personnelles
Mise
en forme physique
-
s'adonner à des techniques de relaxation
-
améliorer sa condition physique
-
faire un sport que l'on aime et qui
nous détend
Gestion
du temps
-
voir venir les situations urgentes et bien
les planifier
-
structurer les activités au travail
en réduisant les tensions possibles
-
équilibrer les périodes de surcharge
en incluant des périodes de repos
Quelques suggestions
générales
-
échéancier plus réaliste
: doubler instinctivement le temps alloué
-
nombre maximum d'heures de travail par semaine
à ne pas dépasser
-
déléguer si possible ou se faire
aider par une collègue
-
utiliser un agenda en incluant des périodes
de réflexion et de travail individuel dans un endroit tranquille
-
établir une routine dans l'horaire
pour permettre une planification à long terme

Le cas de Monique : Marie-Claude
Audétat
Monique est une enseignante de branches
principales dans un collège.
L'objectif de cette étude de cas
est de proposer une illustration, de montrer comment se passe l'accompagnement
et l'aide extérieure. Deux remarques : plus on consulte tard un
psychologue, plus c'est dur de retrouver l'équilibre. Il est important
de faire appel à quelqu'un de neutre.
Monique est envoyée par son médecin,
qu'elle a consulté pour des problèmes d'asthme, d'insomnie,
de panique... sans pouvoir en déterminer une cause physique.
Monique panique à l'idée
de préparer ses cours. Elle perd confiance : "je ne suis pas faite
pour enseigner". Elle éprouve une colère insurmontable envers
un collègue de travail en particulier. Elle n'est pas du tout consciente
de son état de burn out.
Les thèmes abordés au cours
des six mois d'accompagnement
-
Les valeurs : clarification, redéfinition,
établissement de priorités nouvelles. Monique décide
de prendre du temps pour elle, de prendre soin d'elle-même.
-
Les exigences incompatibles qui coincent :
Monique prend conscience des blocages, de ce qui peut être changé
et ce qui ne le peut pas. Elle détermine ce qu'elle peut changer,
afin de sortir du sentiment d'impuissance.
-
La relation au travail : ses propres exigences
pour elle-même, ses collègues, ses élèves. La
désillusion car ses collègues et ses élèves
ne correspondent pas à ses attentes. Elle en vient donc à
modérer ses attentes, à être plus réaliste par
rapport aux résultats de ses élèves. distanciation.
-
Affirmation de soi : difficulté à
dire non. Apprendre à tenir compte de ses besoins, à dire
non. Se sentir moins coupable de ne pas être parfaite. Apprendre
à être plus égoïste.
-
Les signes de reconnaissance : d'où
viennent-ils (ou ne viennent pas) ? Des élèves, des directeurs,
des collègues. Monique ne voyait plus de signes de reconnaissance.
Elle prend détermine de nouveaux signes de reconnaissances, qu'elle
peut se donner et aller chercher.
-
Un soutien psychologique : L'individu est
fragile. Les conflits intrapsychiques non résolus resurgissent.
Un travail de compréhension des zones d'ombre et de la personnalité
est nécessaire. Monique prend conscience des conditions familiales
qui lui ont inculqué des messages du type "sois forte", "sois parfaite",
"sois gentille"...
-
Une meilleure préhension des choix
professionnels et personnels. "Qu'est-ce que je veux réparer dans
ma vie en investissant tant dans ce métier. Quelle est la blessure
que je veux panser ?"
La démarche d'accompagnement
aboutit à une prise de distance, une vision plus réaliste
de ses attentes. En effet, Monique était soumise à plusieurs
sources de stress (professionnel, familial, du milieu de vie). Il faut
admettre que l'enseignement est un métier stressant. L'engagement
familial et professionnel de la femme est également source de stress.
La femme qui travaille et qui est mère est en plus soumise à
la culpabilité de n'être jamais adéquate. La crise
du milieu de vie, qui intervient vers 40 ans amène la prise de conscience
des rêves irréalisables, un bilan des réalisation ...
"Tout ça pour ça ?"...
Après six mois d'accompagnement,
Monique n'a plus d'asthme, elle a encore quelques insomnies qu'elle utilise
de manière constructive en se prévoyant des activités
nocturnes. Elle s'est réconciliée avec elle-même, a
appris à dire non.
Sortir du burn out, c'est s'ouvrir au changement,
prendre du recul.

Discussion
Quelques questions restent ouvertes après
la discussion :
-
comment exiger plus de respect et de feed-back
positif de la part des directions d'école ?
-
une telle conférence peut-elle aider
une personne souffrant du burn out à prendre conscience de son état
et donc à en sortir ?
-
comment se fait-il que ce qui fait un bon
enseignant (son engagement affectif et sa sensibilité) soit également
son point le plus faible ?
-
pourquoi ces caractéristiques ne sont-elles
pas reconnues officiellement comme faisant partie de la vocation d'enseigner
?
-
quid d'une prévention active du burn
out dans la formation des enseignants ?
..
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créé en février 1999
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Mise
à jour : novembre 1999
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