Journée de travail

 

"Les priorités en pédopsychiatrie à l'heure des choix"

 

Neuchâtel, 22 janvier 2000

 

 

 

sous l'égide de la SSPEA (Société Suisse de Psychiatrie et Psychothérapie l'Enfant et l'Adolescent)

 

 

et de

 

 

l'AESMEAF (Association Européenne des pratiques multidisciplinaires en Santé Mentale de l'Enfant, de l'Adolescent et de la Famille)

 

 

 

 

Table ronde no 4:

"De la pédopsychiatrie, aujourd'hui et demain"

 

 

 

  

1.   Dresse Germana de Leo, médecin-chef ARS diapason, Turin (vice prés. AESMEAF)

"Les compétences du pédopsychiatre en santé mentale"

2.   Dr Thomas von Salis, pédopsychiatre FMH, Zurich, (délégué UEMS; CFPG et Pdt CFC, SSPEA)

"Perspectives européennes en pédopsychiatrie"

3.   Prof. Dr Walter Bettschart, Lausanne (ancien méd.-dir. SSPEA; comm. titres FMH) (in absentia)

"Image et identité du pédopsychiatre"

 

 

 

 

               Table ronde No 4:
         "De la pédopsychiatrie, aujourd'hui et demain"

Modérateur: Dr Raymond B. Traube, médecin-directeur de l'OMP, (CFPG FMH - SSPEA), Neuchâtel

 

 

 

 

1. Dresse Germana de Leo,
   
Turin, vice présidente AESMEAF. Cessation européenne des pratiques   
      multidisciplinaire en santé mentale de l'enfant, de l'adolescent et de la famille:

    "Les compétences du pédopsychiatre
    en santé mentale"


(en italien, traduction simultanée par Dr Calogero Morreale et par le Dr Raymond Traube)

 

 

En Italie la situation est assez analogue à ce que vient de décrire Dr Grandjean, c’est à dire que des populations d'enfants et de pré-adolescents avec des pathologies psychiques n’ont jamais été traitées.

 

L'Italie a été le premier pays il y a 20 ans à avoir établi une politique d'intégration des enfants difficiles et handicapés dans l'école publique. Cela a abouti à une différenciation des approches entre les services pédopsychiatriques et les services scolaires qui dépendent l’un de la santé et l’autre du département de l’instruction. Il a été nécessaire d’établir un certain nombre de lois pour mettre en accord les plans de l'école et les plans sanitaires, les compétences du côté de la santé publique et du côté de l’instruction.

 

Et ici surgit le problème évoqué: qui finance ces divers services? En Italie, cette discussion est très forte c’est à dire qu’ont été établies des divisions des dépenses publiques sur des projets annuels et pluriénnaux entre les différents ministères. Nous en sommes satisfaits, autant du point de vue politique que du point de vue professionnel. Ce n'est pas que cela résout les problèmes, mais cela pose de manière juste le principe que tout le réseau social, les agences et les institutions ont la responsabilité sociale sur la santé mentale. Avec leur bilan sectoriels c'est eux et leurs gestionnaires qui doivent discuter ensemble du budget. Ce parcours est très difficile, mais c'est le seul chemin possible aujourd'hui.

 

Vous avez montré que vous êtes face à l'émergence de besoins nouveaux et de nouvelles entités épidémiologiques. Ce sont des données que l’on peut retrouver dans tous les autres pays. Dans nombre de ces cas, la responsabilité de la cure ne peut plus être imputable à un seul service, mais concerne la responsabilité collective, laquelle ne peut être représentée que par les gouvernements. Il est clair que les gouvernements ont de la difficulté à entendre les professionnels, mais aussi les professionnels font peu entendre leur voix pour faire connaître quels sont les besoins prioritaires.

 

Vous connaissez le changement radical de politique sanitaire de la loi promu par le psychiatre Basagila et la loi 180 il y a une trentaine d'années, avec l'introduction d'une psychiatrie démocratique qui modifie de manière irréversible la gestion médicalisée et autoritaire. Le professeur Bollea et le mouvement italien de pédopsychiatrie a de son côté dénoncé et fait fermer les institutions médico psycho-pédagogiques et les institutions pour enfants avec problèmes, repositionant la pédopsychiatrie dans un concept de territoire. Ce concept est très semblable à celui des professeurs Lebovici et Diatkine, qui ont théorisé conjointement l'aide, la sauvegarde et la santé de l'enfant dans son contexte de vie.

 

Il est donc possible que les gouvernements et les politiques entendent la voix des professionnels. Aujourd’hui cela peut-être plus difficile car chacun représente des écoles de  points de vue théoriques différents et multiples et chacun défend des points de vue professionnels et corporatistes, des questions de financement, de carrière, de responsabilité et de contrôle. Et cela rend difficile d'unir les diverses voix des professionnels de manière univoque pour faire modifier la situation au niveau politique pour promouvoir les ajustements nécessaires au niveau politique.

C'est en ce sens que nous avons lancé en décembre un appel (voir plus bas) pour les professionnels pour une nouvelle confrontation qui permette de proposer au gouvernement des projets qui ne soient pas rétrogrades du fait des pressions économiques.

 

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ARS-Diapason Turin

Dr Germana de Leo Vice-présidente de l'AESMEAF

 

Þ                      Le 18.12 a été créé le mouvement "Culture et Solidarité", observatoire interassociatif permanent qui envoie periodiquement des rapports au Ministère pour proposer l'ajustement des lois sur l'handicap.

Þ                      En octobre 1999 a été envoyé au Ministre de la santé de l'assistante, de l'école et du travail une lettre ouverte pour développer encore les lois et pratiques, par les services, les professionnels et les citoyens mêmes.

Þ                      Sont notamment signalés comme préoccupants:

- la perplexité éducative de nombreux parents,

- la résurgence de la discrimination à l'école, aussi bien pour les jeunes normaux que handicapés,

- l'augmentation des troubles psychiques (anorexie, nerveuse et suicide par exemple).

Þ                     Les 17 et 18 décembre s'est tenu à Turin un stage européen sur "Prévention et Soins, les ressources, les limites des pratiques et des modèles", avec J. Chabanier, président de l'AESMEAF.

 

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Cela dépend de chacun de nous et de notre cohérence, de parvenir à dégager quelques critères essentiels communs à proposer au gouvernant.

 

J'ai pris jusqu'ici parole comme une pédopsychiatre italienne. Or j'ai été invitée comme vice-présidente de l'AESMEAF, pour parler du travail interdisciplinaire, sur ce que nous pensons du rôle, de l'image, de la compétence du pédopsychiatre. Nous avons beaucoup travaillé sur la coopération pour confronter les diverses pratiques et les divers pays (France, Belgique, Italie, etc). Ce travail a été enrichissant, même si notre parcours de dix ans s'est fait en un petit groupe de peu de personnes. Nous en sommes arrivés à quelques convictions.

 

Le pédopsychiatre est un plurispécialiste et non pas un monospécialiste. Dès lors il ne peut, sauf pêché d'omnipotence, construire sa propre connaissance sans l'aide des autres professionnels et disciplines. Ce qui explique une formation pour le pédopsychiatre d'emblée pluriculturelle, pluriconceptuelle.

 

Il doit parvenir à comprendre ce qui sera réellement son rôle fondamental de traducteur et de médiateur des exigences des instances des enfants en rapport avec les parents, les enseignants et les autres opérateurs.

 

Ceci est une nouvelle définition de son niveau de compétence, une compétence communicative. Un bon pédopsychiatre qui ne sait pas communiquer avec la famille qu'il a devant lui, avec l'enfant qui fait un caprice à la salle d'attente pendant qu'il attend un autre enfant, est un mauvais pédopsychiatre. C'est bien sur cette compétence que se fondent les éléments éthiques de notre profession. Et cette compétence à la communication doit faire l'objet d'une formation d'emblée de communication avec les autres. Donc la capacité de former des futurs professionnels qui sachent se confronter, se critiquer, réfléchir, faire de la recherche, est le prérequis aujourd'hui indispensables pour faire un bon pédopsychiatre.

 

Dans la mesure où les associations professionnelles s'accordent pour une reproposition fondamentale, philosophique, éthique, de la figure du pédopsychiatre, avant même d'aborder les problèmes cliniques et les questions budgétaires.

 

 

 

 

 

 

2. Dr Thomas von Salis,
     
délégué de la SSPEA à L'UEMS, président de la commission de formation
     continue de la SSPEA):

     
"Perspectives européennes en pédopsychiatrie"

 

 

L'UEMS, union européenne des médecins mono-spécialistes, a été récemment présentée dans le journal de la FMH par Dr Salzberg, (No 1, 2000, page 9). Au niveau européen, il y a également l'UEMO (pour les omnipraticiens, généralistes), l'OMS biensûr, et les médecins hospitaliers, les médecins salariés, l'association des étudiants en médecine, celle des médecins assistants. La Suisse est depuis longtemps membre de l'UEMS, sans restrictions. Je suis actuellement le président de la section de pédopsychiatrie.

 

La section pédopsychiatrique s'est séparée de la section psychiatrique. Tout un travail diplomatique à permis à de nombreux pays de préciser les cursus distincts, tel qu'en Angleterre et en Irlande (pas encore en Espagne). Je diffuse cet appel pour d'autres pays européens, et ici, pour parvenir à proposer, même sur quelques points seulement, des critères communs sur les prestations fondamentales et essentielles et les limites au-delà desquelles nos services ne peuvent aller pour ne pas être en contradiction avec l'éthique médicale.

 

La section de pédopsychiatrie profite des congrès annuels dans un pays donné pour connaître les institutions de formation du pays d'accueil, comme ça c'est passé en 1997 à Lugano au congrès de la SSPEA, et l'an dernier à Hambourg au congrès de l'ESCAP (Association européenne de pédopsychiatrie). A Hambourg, ont été représentés de manière parfois conflictuelle des modèles de pensée différents entre les pédopsychiatres allemands qui sont encore au début d'un processus de développement. En Suisse, l'on a abouti à s'entendre plus au moins entre les écoles de pensées et à prendre les diverses philosophies pour s'unir en politique professionnelle.

 

Ceci n'est pas le cas dans nombre de pays, mais tous souscrivent déjà à un règlement de cinq ans de formation spécialisée pour les pédopsychiatres, dont quatre ans au moins en pédopsychiatrie et un an en psychiatrie adulte, et la recommandation d'une sixième année en pédiatrie.

 

Il y a également à organiser au niveau européen la formation continue. Chaque état doit contrôler la formation continue pour des raisons légales. Au niveau de l'Europe, il s'agit de coordonner les ressources et les initiatives qui permettent de promouvoir des congrès reconnus pour la formation continue.

 

Une autre association est l'EFPP, l'association des psychothérapeutes psychanalytiques, beaucoup plus spécialisée donc, qui vise à sauvegarder les intérêts des clients qui sont en thérapie psychanalytique, surtout dans les institutions de services publiques.

 

Remarque du Dr Raymond Traube, (modérateur): il y a une association européenne similaire pour la thérapie de famille (EFTA). Mais il y a surtout une autre société importante, qui peut également regrouper nos efforts de consensus et dont les racines se développent bien en Suisse: c'est l'EAP (Europeen Association of Psychothérapie) . L'EAP prévoit des statuts de psychothérapeute indépendants des prestations de base, rassemblant toute forme de psychothérapie. Elle n'est pas encore totalement représentative, notamment au niveau des professeurs d'Université et des cercles de psychanalyse, mais elle se développe. C'est vraisemblablement par une telle association que, que l'on veuille ou non, vont se définir d'ici une dizaine d'année les politiques de financement, à mesure que les caisses-maladie pourront s'inspirer des recommandations que feront l'UEMS ou l'EAP.

 

Dr Thomas von Salis: effectivement, l'EAP tente d'aboutir à un certificat européen de psychothérapeute. L'EFPP s'y est intéressé, dans la perspective d'un certificat plus spécialisé d'une sous-spécialité mieux définie, a distinguer.

 

L'UEMS a par ailleurs imposé la psychothérapie dans le cursus de la psychiatrie. Le débat reste très ouvert. En pédopsychiatrie nous insistons pour que la psychothérapie soit incluse dans le titre (CAPP: Child and adolescent psychiatry and psychothérapy), comme en Suisse.

 

En réponse à l'importante intervention de la Dresse de Leo, sur les professionnels et les gouvernements, l'on a la chance en Suisse d'avoir une organisation, la FMH, qui représente toute la profession médicale. Cela a permis d'être entendu et respecté par le gouvernement fédéral et les gouvernements cantonaux. Si la FMH n'arrivait pas à conclure les nouveaux règlements pour les tarifs médicaux, le gouvernement pourrait décider de ses propres solutions, qui seraient vraisemblablement une solution rétrograde. C'est inévitable que le gouvernement propose des solutions moins professionnelles et modernes que celles que proposeraient les professionnels eux-mêmes. C'est justement une raison pour se représenter à Bruxelles, pour intervenir dans la mesure du possible dans la politique sanitaire.

 

En conclusion, de manière générale, autant au niveau européen que suisse, c'est bien l'appartenance à des groupes de référence tels que la médecine, la psychologie, la pédagogie, mais aussi les institutions universitaires ou non-universitaires comme la pratique privée, qui est déterminante et lorsque ces appartenances prennent une importance qui ne correspond plus aux intérêts des pratiques thérapeutiques, l'on ne rend pas service aux patients et clients. Les patients ne profitent pas de nos querelles interprofessionnelles, outre que les clivages entre les différentes sous-spécialités et écoles de pensée sont nocifs à nos propres intérêts. Il faut donc dans tout les cas chercher à nous coordonner, même quand nous défendons des idées divergentes sur le plan philosophique.

 

La dynamique groupale nous enseigne d'ailleurs combien un petit groupe peut profiter de la diversité des membres qui constitue le groupe, si on peut coordonner un tel groupe. C'est ce que l'on peut observer aussi au niveau européen, avec tout ces délégués de différents pays, très divers. Année après année, des amitiés se forment, les contacts s'établissent, l'on s'adresse même des patients à travers les frontières, il se crée un climat de coopération, malgré un esprit assez différent, parce que l'on a un intérêt en commun, bien au-delà d'un intérêt économique, qui est celui de nos patients.

 

 

 

 

 

3. Prof. Dr Walter Bettschart,
      
Lausanne, pédopsychiatre, ancien directeur du SUPEA

      délégué SSPEA à la commission des titres de la FMH:

    "Image et identité du pédopsychiatre"

      (In absentia, résumé par Dr R. Traube):

 

 

Walter Bettschart a insisté au téléphone sur trois points, à un niveau d'éthique professionnelle. Il a insisté sur le règlement de formation de pédopsychiatrie élaboré d'abord en son temps par le professeur René Henny, puis lui-même, où l'essentiel de l'identité professionnelle - c'est le thème qu'il souhaitait aborder aujourd'hui - était selon lui l'échange entre les formateurs et les candidats, à savoir, la relation privilégiée qu'il peut y avoir entre un médecin ou un psychologue en formation et son patron ou son superviseur. Dans cette relation, le mélange des éléments de formation personnelle et d'identité sont difficilement quantifiables comme le seraient des réponses à des questionnaires à choix multiples. L'incitation qu'il donne aux assistants qui peuvent être présents à cette rencontre, c'est d'oser déranger leurs superviseurs, patrons, chefs de clinique ou praticiens privés, suroccupés: c'est le droit des uns et le devoir des autres.

 

Il pensait aussi aborder la question de l'identité pluridisciplinaire.

 

Il pouvait enfin insister, et cela était déjà largement abordé, sur l'identité par rapport au type de thérapie.

 

Commentaire du Dr Raymond Traube: par rapport à la formation de l'identité professionnelle du pédopsychiatre, au-delà de la relation privilégiée avec le formateur, c'est bien dans l'immersion première dans la pratique que naît cette identité, dans la première rencontre avec un enfant, avec son entourage, quand il développe pour la première fois une relation thérapeutique individuelle approfondie avec un enfant, avec une famille, avec un réseau. Il en résulte que notre identité se cristallise et se développe notamment pendant la première année de formation. Même si elle se précise par la suite, en développant nos compétences et notre recul au travers de notre formation personnelle, c'est déjà dans les supervisions des premières consultations que nous formons notre identité.

 

Concernant la pluridisciplinarité, nous avons parlé aujourd'hui d'abord de l'identité multiple des pédopsychiatres, par extension de celle des psychologues psychothérapeutes. Selon mes observations, la question se pose tout autant pour d'autres professions, comme pour les orthophonistes, ou les psychomotriciens, qui se situent également au centre de leur propre toile et à la fois en patchwork avec des identités multiples et en interaction avec des professions voisines. Cela rejoint la question de la Dresse Germana de Leo qui avait évoqué le risque des corporatismes et comment les dépasser.

 

 

 

 

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 Introduction

 Table ronde No 1: "A propos des diagnostics"

 Table ronde No 2: "A propos de quelques problématiques"

 Table ronde No 3: "Ajustement du dispositif thérapeutique en pédopsychiatrie"

 Table ronde No 4: "De la pédopsychiatrie, aujourd'hui et demain"

 Conclusions


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Transcription :  Dr. Raymond Traube     Office médico-pédagogique    Etat de Neuchâtel


Enregistrement effectué par M. André Huguenin, ODRP, Neuchâtel

Logistique: M. Christian Liengme, OMP

Dactylographie: Isabelle Rizzo et Laurence Zurcher

 

Webmestre : Marc Thiébaud           

 

Juin 2000