Ressources
thématiques
Médiation

Principes fondateurs utiles
pour la constitution d'une charte de la
médiation scolaire en Suisse romande
et au Tessin
Ces principes sont issus des exposés et des
débats qui se sont déroulés à Jongny du 6 au10 juillet 1998 dans le cadre de
l'Université d'été des médiateurs scolaires
Projet de
l'Office fédéral de la santé publique.
Mis en forme par un comité de
rédaction, ils ont été approuvés par les membres du Groupe de pilotage
intercantonal de la médiation scolaire en Suisse romande et au Tessin (projet
de l'Office fédéral de la santé publique) en date du
21
septembre 1998.
Impression:
Editeur et
copyright:
Office
fédéral de la santé publique
Unité
principale Dépendances et Sida
Section
Interventions Drogue
Auteurs:
Laurent
Duruz, Genève
Maurice
Nanchen, Icogne, membre du Groupe de pilotage des médiateurs scolaires
Francine
Richon, Moutier, membre du Groupe de pilotage des médiateurs scolaires
Jacques-André
Tschoumy, Neuchâtel, animateur de l’Université d’été
Commande:
René Stamm, OFSP, Section ID, 3003 Berne, tél. 031
323 87 83, E-Mail: rene.stamm@bag.admin.ch
1.
Le contexte
2.
Reflets des travaux de l'Université d'été 1998
2.1
Regard de mémoire
2.2
Regard de site
2.3
Regard d’usager
2.4
Regards étrangers
2.5
Regards d’avenir et de développement
3.
Principes fondateurs d'une charte de la médiation scolaire
3.1
Considérants
3.2
Le champ et les principes de la médiation
3.3
Les objectifs de la médiation scolaire
3.4
Les acteurs en partenariat
3.5
Les modalités du partenariat
3.6
Les modalités de mise en oeuvre de la médiation élargie
4.
Quel avenir ?
Esquisse
d'un projet
L'Université
d'été 1998 des médiateurs scolaires de la Suisse romande et du Tessin servait
en quelque sorte de conclusion à un programme de l'Office fédéral de la santé
publique mis sur pied dès 1993. Ce programme visait à promouvoir, parmi
d'autres offres, la médiation scolaire comme stratégie de prévention des
troubles de l'adolescence, de la toxicodépendance en particulier.
Des délégués officiels des
cantons du Valais, de Vaud, de Neuchâtel, de Fribourg, de Berne (partie
francophone), du Jura et du Tessin ont collaboré durant six ans avec l'OFSP, au
sein d'un «groupe de pilotage», pour
mettre sur pied deux formations de base en médiation scolaire, des conférences,
un journal de liaison et des journées annuelles de perfectionnement intitulées
« Université d'été ». La réalisation de ce programme fut confiée à l'Institut
de formation systémique de Fribourg.
Le thème choisi pour l'Université d'été 1998 était
La
médiation scolaire dans une école qui a changé.
Bilan
et perspective.
Les 47 participants étaient
des
médiateurs scolaires
des
enseignants
des
directeurs d'établissement
un
inspecteur scolaire
des
éducateurs
des
parents d'élèves
des
psychologues
des
infirmières
des
médecins
des
professionnels de la prévention.
Les
22 intervenants ont traité des thèmes suivants :
-
«Rappel
historique concernant les débuts de la médiation scolaire»,
par Louis KILCHER, Jean-Daniel BARMAN, Mario PRATTI, Samuel WAHLI.
-
«La
pertinence du médiateur scolaire dans son contexte»,
par Jean-Claude FREYMOND
-
«Le
modèle genevois des conseillers sociaux», par Frédy
CONSTANTIN
-
«Les
programmes d'éducation à la santé destinés aux enseignants»,
par Jean-Daniel BARMAN
-
«De
quel mal profond l'émergence de médiateurs scolaires est‑elle le symptôme?»,
par Philippe PERRENOUD
-
«Panorama
des changements qui ont affecté notre société au cours des vingt dernières
années», par Walo HUTMACHER
-
«Les
attentes des élèves envers les médiateurs scolaires. Résultats d'une enquête en
Suisse romande et au Tessin», par les Dr Françoise NARRING
et Pierre-André MICHAUD
-
«Les
acteurs de la promotion de la santé. Complémentarité ou symétrie?»,
par Maurice NANCHEN, Jeanine ANNAHEIM, Chantal CHABBEY, M. STEINMANN, Vincent
ESCHMANN
-
«La
médiation par les pairs, un processus éducatif»,
par Jean‑Pierre BONAFE-SCHMITT
-
«Le
modèle anglo‑saxon de la médiation scolaire»,
par Josef DUSS von WERDT
-
«Le
modèle suisse alémanique Schulteam », par René STAMM
-
«Du
médiateur à la médiation. Esquisse d'un nouveau modèle en Valais»,
par Maurice NANCHEN
-
«Changer
notre approche des conflits», par Didier PINGEON
-
«Les
projets d'établissement. Construire l'école ensemble mais pas à n'importe quel
prix», par Cyril PETITPIERRE
L'animateur de l'Université d'été 1998 était Jacques-André TSCHOUMY.
Dans le cadre d'ateliers, de groupes de travail et d'échanges en séances
plénières, les participants ont dessiné ensemble les contours de ce que
pourrait devenir la médiation scolaire dans une école qui a changé.
2. REFLETS DES TRAVAUX DE L'UNIVERSITE
D'ÉTÉ 1998
L'Université d'été de Jongny 1998 fut exceptionnelle, parce qu'elle s'est
trouvée à la charnière de deux projets, à l'articulation de deux époques, à la
mise en contact d'acteurs très divers, et surtout à la recherche de conjonction
de cinq regards trop souvent éclatés dans l'aire de la médiation scolaire.
2.1 Regard de mémoire
L'Université d'été 1998 a eu le privilège de pouvoir inviter et écouter
ceux qu'on appelle communément les pionniers de la médiation scolaire. Ce
regard diachronique s'est avéré utile car il a permis de mesurer toutes les
dynamiques internes qui ont animé la médiation scolaire depuis ses débuts. A
partir des initiatives vaudoises des années 70, destinées d'abord à prévenir
l'usage de la drogue, on a progressivement évolué vers des options moins
spécifiques. D'une pratique de remédiation centrée sur les problèmes
individuels, l'intérêt s'est élargi à la communication au sein des
établissements scolaires. D'une pratique souvent solitaire, on a souhaité
passer à des démarches de réseau, en lien avec les autres acteurs de l'école.
Plutôt que de réagir aux drames quotidiens, on voudrait contribuer à développer
des compétences chez tous les acteurs de l'école dans le domaine des relations
interpersonnelles.
2.2 Regard de site
Les intervenants invités, observateurs privilégiés de l'évolution de
l'Ecole en Suisse et en Europe, ont attiré l'attention des participants à
l'Université d'été non seulement sur les grands courants de métamorphose de
l'action éducative mais sur la simultanéité de ces changements à tous les
niveaux.
Au niveau macroscopique,
les systèmes éducatifs relèvent de moins en moins de l'Etat‑nation qui
les avait fondés que de la mondialisation; l'anomie habite souvent leurs
usagers, alors que la norme frappait les frontons de toutes nos écoles
communales. Ainsi que le dit l'UNESCO, l'objectif de l'école n'est pas de
promouvoir les élites mais d'être une Ecole pour tous. Il en résulte une
variété toujours plus grande de publics, avec des parcours scolaires toujours
plus diversifiés, alors qu'ils étaient homogènes hier. Les références culturelles
se multiplient dans des proportions encore inimaginables il y a peu de temps.
Dorénavant,
l'Ecole sera jugée sur la qualité de ses productions (output) plutôt que sur
l'ampleur de ses certitudes et de sa bonne volonté (input). C'est un vrai
changement paradigmatique pour elle.
Les enseignants n'appartiennent plus à la classe
dirigeante, mais à une nouvelle classe moyenne. Telle est l'image du « prof »
dans la société, au niveau mésoscopique,
soit à celui de l'établissement scolaire, dans le village, dans la ville, dans le quartier. Mais bien d'autres
changements affectent son statut. L'établissement scolaire devient l'unité de
référence. Celui‑ci a vécu longtemps sur une image de conservatoire (de
morale, de savoirs), il se transforme en laboratoire (d'expériences de vies
pour demain) et même en observatoire (de sa propre action), en médiation : on
ne prescrit plus de remèdes, on cherche à agir sur les causes, et toujours avec
les acteurs, dits naturels, parce que les plus proches dans la vie quotidienne.
Quant au niveau micro, soit
celui de la classe, de l'enseignant et de l'élève, le changement, bien que non
uniforme, est très perceptible par tous les parents : les pratiques normées
cèdent devant les pratiques réflexives, les stratégies homogénéisantes
s'effacent devant une diversification progressive, le nous et le vivre ensemble se
superposent à l'élève et à son projet
individuel; en cas de problèmes, l'action homéopathique par un enseignant
compétent est recherchée en priorité au détriment de la trop simple délégation
de com-pétences à un spécialiste (l'action allopathique, comme cela fut appelé
à Jongny).
Mais l'Ecole n'est pas seule à bouger, les usagers ont modifié leur
regard eux aussi.
2.3
Regard d'usagers
L'Ecole doit tendre à devenir lieu de parole, et non plus seulement lieu
d'en-seignement. Telle est la principale ligne directrice des enquêtes
présentées à Jongny sur l'attitude des jeunes à l'égard de la médiation
scolaire.
Les savoirs standardisés ne suffisent plus, s'impose l'acquisition de
compétences sociales, relationnelles.
C'est que deux mouvements majeurs traversent ce regard des usagers :
1. La Convention internationale des droits de l'enfant du 20 novembre
1989 modifie le statut de l'enfant et de l'adolescent à l'école. Il n'y est
plus mineur; il est devenu détenteur et propriétaire, de devoirs certes, comme
hier, mais de droits aussi, et cela c'est aujourd'hui.
2. Les enseignants romands sont en train de se
donner une Charte, à la manière des
médecins ou des avocats, soit un code éthique qui fasse d'eux des
professionnels.
Ce double courant est fondamental pour quiconque veut comprendre
l'évolution de l'Ecole en cette fin de siècle. Une Ecole suisse en lien avec le
Monde.
2.4 Regards
étrangers
L'étranger n'a pas paru étrange aux participants de l'Université d'été.
Les regards croisés, au contraire, ont permis de mesurer l'intérêt de stratégies
découvertes comme communes ou, au contraire, spécifiques.
Le lieu n'est pas ici d'analyser tous ces regards croisés. Quelques
pistes, toutefois:
-
l'Ecole n'est plus
un cloître mais un champ social, avec tous ses conflits et toutes ses tensions
-
une citoyenneté est
à construire, articulant à la fois la mondialisation et le repli, le territoire
et l'identité, les valeurs communes et les valeurs spécifiques
-
gérer la diversité
est un objectif désormais majeur de l'Ecole, et de toutes les écoles
-
l'Ecole joue un
rôle nouveau, bien que retrouvé, d'acteur social, d'acteur de nouvelles
dynamiques scolaires et sociales, d'entreprise culturelle
-
la pratique
réflexive est jugée prometteuse
-
la médiation par les
pairs (en cas de conflit, des jeunes sont choisis comme médiateurs par leurs
camarades) a frappé considérablement l'attention de l'assistance et conforte la
thèse dite homéopathique de la médiation scolaire; son développement est
annoncé dès la rentrée de 1998 en plusieurs points de Suisse romande
-
la médiation migre:
de méthode elle est devenue attitude, puis engage-ment
-
la médiation n'est
pas qu'un credo, c'est un état d'esprit, une éthique
-
la formation se
fait par supervision et par une pratique toujours réflexive.
Ces diverses
stratégies, européennes et américaines, se retrouvent toutes sur un point:
restaurer, grâce à l'école, un lien social devenu bien ténu.
2.5 Regards d'avenir et de développements
La restauration du lien social
est un objectif désormais explicite de l'Ecole. Telle est, en termes lapidaires, le nouveau credo des projets d'avenir
qui ont été débattus à Jongny. Qu'on parle de «projets d'établissements», de
«nouvelles citoyennetés à l'école», d'«écoles qui marchent», les remarques
suivantes furent constantes:
-
la crise du lien
social est patente
-
régénérer les liens
sociaux est objectif scolaire
-
le travail en amont
est majeur (l'amont, c'est la relation, l'estime, le respect ou, à l'inverse, la
brimade, l'humiliation, etc.)
-
penser globalement
(bain social) et agir localement (chaque enfant)
-
l'Ecole est un lieu
où l'on vit et où l'on grandit ensemble
-
les projets
d'établissement: la libre
adhésion au projet est indispensable; il faut du temps (3 à 5 ans), un
accompagnement est indispensable (de formation, de ressources, d'analyse
réflexive, de comparaison de projet, etc.), des lieux et des temps de réflexion
communs, des pratiques com-munautaires de gestion de conflits caractérisent les
«écoles qui marchent»
-
l'élève‑sujet
supplante l'élève‑objet, par sa formation au lien social
-
l'élève‑médiateur,
parce que complice et tiers médiateur à la fois, est aussi une caractéristique
des «écoles qui marchent», selon l'OCDE, car on dé-passe la juxtaposition des
logiques au profit d'une coopération de logiques
-
la citoyenneté
n'est plus civique seulement, elle est devenue civile
-
le partenariat
respecte l'identité de chacun et favorise la nécessaire action commune: c'est
la formule‑clef
-
l'agent de
remédiation cède devant l'agent de médiation.
Telles ont paru les directions de développement utiles aux acteurs de la
médiation scolaire invités à parler à Jongny.
3.
PRINCIPES FONDATEURS POUR UNE CHARTE DE
LA MÉDIATION SCOLAIRE
3.1
Considérants
Les enfants et les adolescents ont désormais un statut, concrétisé par la
Convention internationale des droits de l'enfant; les enseignants romands ont
élaboré leur code éthique; les sociétés ont passé de la norme à l'anomie, de la
mono‑référentialité à la polyréférentialité; l'école d'aujourd'hui est
amenée à définir ses cheminements entre l'aveuglement mondialiste et le repli
identi-taire; le lien social s'effiloche; les parcours pédagogiques homogènes
cèdent devant les parcours diversifiés et toujours particuliers, un savoir de
valeurs s'impose à côté de savoirs standardisés; l'école devient lieu de
parole; l'éducation d'aujourd'hui est astreinte à gérer des diversités
nouvelles et, dans ce concert, elle redevient actrice de nouvelles dynamiques
scolaires et sociétales; la gestion des relations est une demande formellement
enregistrée des élèves à l'école. La
gestion des relations est devenue objet scolaire.
De son côté, la médiation scolaire a déjà plus de 20 années d'expérience en
Suisse romande et au Tessin; son engagement s'est progressivement métamorphosé
depuis 1976; l'action individuelle et solitaire se transforme en action de
système; celle de remédiation cède devant une logique d'organisation
communautaire; velléitaire en certains endroits, elle est toujours mieux
reconnue; issue de problèmes, elle vise à renforcer des compétences; d'une
logique de transmission, elle migre vers une double logique de communication et
d'action réfléchie; l'aire référentielle devient l'établissement scolaire; son
approche transite par le projet d'établissement et les citoy-ennetés. Comme
l'électron libre, le médiateur est en lien avec tous les autres. Ce lien appelle une définition.
3.2 Le champ et les principes de la médiation scolaire
Lorsque fut prise, en 1976, la décision officielle ‑ unique et tout
à fait novatrice d'introduire des médiateurs scolaires dans les établissements
secondaires du canton de Vaud, il s'agissait avant tout de se prémunir contre
le fléau de la drogue. Mais le projet visait aussi à instaurer un nouveau
dialogue entre le monde des jeunes et celui des adultes. C'est qu'en quelques
années, après 1968, les rapports sociaux s'étaient fortement modifiés et le
lien social se cherchait déjà de nouvelles formes.
Depuis lors, la société n'a cessé de se transformer, affectant
profondément l'Ecole, souvent à son corps défendant. Aujourd'hui, tout indique
que les finalités mêmes de l'Ecole soient en cause. Ce qui fait aussi problème,
c'est la manière d'organiser la vie commune au sein de ces vastes communautés
humaines que sont devenus les établissements scolaires.
Voici brièvement rappelés les problèmes les plus importants qui affectent
aujourd'hui les relations au sein des établissements secondaires ou professionnels:
-
Il s'agit
d'importants ensembles humains regroupant des centaines, voire des milliers
d'adolescents.
-
Les élèves, souvent
éduqués au sein de leur famille dans le seul registre affectif (le normatif
étant délégué à la société), sont moins préparés qu'autrefois à vivre les
contraintes de la vie en société, celles du travail scolaire, voire du travail
tout court. Il en résulte que les enseignants doivent déployer beaucoup
d'efforts pour simplement créer les conditions de l'écoute.
-
Certains comportements
que l'on peut qualifier d'«incivils» (primat du chacun pour soi , irrespect des
besoins d'autrui, exclusion, racisme, déprédations, violence, etc.) se
développent de manière préoccupante. On parle de la nécessité pour l'école
d'assumer au quotidien une authentique éducation à la citoyenneté.
-
La
présence de cultures multiples et souvent très différentes au sein d'une même
classe rend caduque la transmission d'un code social unique et fort.
-
Un quart des
enseignants présentent un syndrome d'épuisement professionnel (burn out); quant
aux autres, ils mobilisent une part excessive de leurs forces pour se protéger
du stress scolaire.
-
On mesure souvent
chez les élèves un sentiment de non‑valeur et d'inadéquation par rapport
à la présence dans la classe qui est la leur.
Les spécialistes les plus divers se croisent au sein
des établissements (psychologues,
thérapeutes, conseillers d'orientation, infirmières, travailleurs sociaux,
etc.) pour porter secours à ceux qui en ont besoin. La délimitation des territoires
respectifs entre ces professionnels est potentiellement conflictuelle. Quant à
leurs interventions, elles laissent un goût d'inachevé car, de l'avis de tous,
c'est une meilleure qualité de vie commune dans l'établisse-ment qu'il faut
promouvoir en priorité.
Certains acteurs sont déjà engagés dans la construction de nouveaux liens
au sein des communautés scolaires: les professionnels de la santé, avec leurs
programmes d'éducation à la santé centrés sur l'éducation générale, les
con-seillers en projets d'établissement, avec leur démarche participative, les
médiateurs scolaires avec leurs initiatives pour améliorer le climat de
l'école.
Face à ce que les sociologues appellent une «crise du
lien social», la réponse de la société passe certainement par la définition
d'objectifs nouveaux pour l'école, avec comme priorité: l'instauration, aux sein des établissements scolaires, de conditions de
vie commune qui constituent pour chacun,élèves et adultes, une expérience
humaine positive, enrichissant l'estime de soi et contribuant à développer à la
fois la santé et la citoyenneté.
Le médiateur scolaire est un enseignant spécialement formé, désigné par
l'ensemble des acteurs d'un établissement scolaire (idéalement, comme aboutissement
d'un projet d'établissement) pour incarner les objectifs de la médiation
scolaire et en être le garant. Mais la médiation scolaire ne se réduit pas à la
personne du médiateur scolaire.
Nous
utilisons l'expression « médiation scolaire » de manière générique pour
qualifier un processus spécifique au sein d'un établissement scolaire,
consistant à réguler et à dynamiser la
communication entre ses membres.
Ce processus se traduit par une certaine manière de
gérer les relations sociales, à savoir:
·
une référence
éthique fondée sur le choix de valeurs comme la justice, la solidarité, le
respect de la différence;
·
une volonté commune
de soigner la qualité des processus de communication;
·
une culture du
conflit qui privilégie systématiquement la recherche du consensus et de
solutions sans perdant;
·
l'application de
ces principes à tous les acteurs de l'établissement, sans exception, et à tous
les partenaires de celui‑ci, les parents en tout premier;
·
l'apprentissage de
ces éléments par les élèves, comme partie prenante de l'apprentissage de la
citoyenneté.
La
responsabilité de la médiation scolaire incombe à tous (y compris aux élèves)
dans chacune des situations vécues. Le rôle du médiateur est de promouvoir
cette responsabilité et de constituer une ressource en réserve lorsque les
canaux naturels de la communication sont défaillants.
3.3 Les objectifs de la médiation
scolaire
La médiation scolaire a pour fonction d'être au sein d'un établissement
scolaire un processus visant à réguler et dynamiser la communication,
contribuant ainsi à augmenter la qualité de la vie dans cet établissement.
La médiation scolaire vise des objectifs de portée générale:
·
Faire de
l'établissement scolaire un lieu où se vivent (et donc s'apprennent) la
citoyenneté et des comportements favorables à la santé.
·
Réduire, et
finalement supprimer, les situations d'exclusion, de mar-ginalisation et de
solitude.
·
Réduire, et
finalement supprimer, les «incivilités» (déprédations, manque de respect
mutuel, impolitesse, etc.), la violence institu-tionnelle et la violence
individuelle.
·
Réduire, et
finalement supprimer, l'épuisement et le désengagement professionnel chez les
enseignants.
·
Permettre à
l'établissement scolaire, par la qualité de vie qu'on y trouve, de jouer un
rôle supplétif et réparateur pour les situations toujours plus nombreuses où
les conditions familiales sont dé-fectueuses, voire pathogènes.
La médiation scolaire vise plus spécifiquement à:
§ Obtenir l'adhésion du plus grand nombre à une
culture d'établissement fondée sur la justice, la solidarité, le respect des
différences (personnelles, culturelles, de croyance); ceci implique une lutte
contre l'exclusion et contre la marginalisation en privilégiant convivialité et
intégration.
§ Susciter chez chacun au sein de
l'établissement un sentiment d'apparte-nance, une «identité d'établissement», s'exprimant
par la fierté d'en faire partie.
§
Développer une volonté commune, lors de tous les
échanges, de soigner la qualité des processus de communication (donner les
informations pertinentes à qui de droit, ne pas laisser dégénérer les malentendus,
recourir à la médiation en cas d'impasse - éventuellement, à la médiation par
les pairs -, exclure les messages qui lèsent l'estime de soi, créer des espaces
de parole personnels et communautaires, etc.). Choisir comme indicateur de la
qualité de la communication le «sentiment d'estime de soi» que génèrent (ou
pas) chez autrui les messages adressés.
§
Développer une
culture du conflit fondée sur la recherche du consensus et le choix de
solutions sans perdant.
§
Intégrer de manière
harmonieuse (grâce à un projet d'établissement?), les divers professionnels de
la santé qui apportent leur concours à l'éta-blissement scolaire (médiateurs
scolaires, psychologues scolaires, méde-cins et infirmières scolaires,
professionnels de la promotion de la santé, conseillers sociaux, etc.).
§
Appliquer les
principes de la médiation scolaire à tous les acteurs (adultes et élèves),
ainsi qu'aux partenaires de l'établissement, les parents en tout premier.
3.4
Les acteurs en partenariat
Voici
un inventaire (non exhaustif) des partenaires de la médiation scolaire.
Les acteurs soumis à la hiérarchie et aux règles de
l'établissement:
·
Le directeur (et
ses adjoints)
·
Les élèves/les
apprentis
·
Les enseignants/les
maîtres d'apprentissage
·
Les médiateurs
scolaires
·
Les spécialistes de
la santé employés par l'établissement
·
Le personnel de
maison (concierge, cafétéria, cantine, etc.)
·
Le personnel
administratif
·
Autres
Les acteurs collaborant en partenariat avec ceux de l'établissement et
concernés par les règles de celui‑ci:
·
Les parents et
leurs associations
·
Le patron
d'apprentissage
·
Le commissaire
d'apprentissage
·
L'aumônier
·
Le médecin scolaire
·
L'infirmière
scolaire
·
Le conseiller
d'orientation
·
Le psychologue
scolaire
·
Le conseiller
social
·
L'animateur de
santé
·
Le conseiller en
projets d'établissement
·
Les services
sociaux divers
·
Les services de
psychiatrie
·
Le tribunal des
mineurs et la police
·
Les associations de
quartier
·
Autres.
3.5
Les modalités du partenariat
Préambule
La réflexion de l'Université d'été de Jongny a mis en évidence la nécessité pour le médiateur de ne pas
rester seul. Le danger inhérent à cette situation est une minimisation,
voire une disqualification de son entreprise. Pour poten-
tialiser
sa fonction, le médiateur doit élargir la réflexion et amener le débat dans
l'établissement auprès de ses collègues ou des autres partenaires.
Il s'agira alors de se mettre d'accord sur la manière dont on envisage la
communication intra‑muros et extra‑muros, ceci dans un esprit de
respect et de solidarité. Pour avoir un effet multiplicateur, il est important
d'ouvrir la médiation aux autres acteurs et de coordonner les actions.
Le rôle du médiateur est
double: il est tout à la fois une passerelle entre les personnes en litige qui
souhaitent son intervention, et le garant de la fonction de médiation qui
incombe à tous les acteurs de l'établissement, en partenariat avec les
spécialistes extérieurs.
Le partenariat est une des modalités
de la médiation scolaire. Le médiateur peut se retrouver seul ou à plusieurs
avec d'autres intervenants. Son objectif est d'offrir à la population, aux
adultes et aux enfants, un espace socialisant permettant la gestion collective
des conflits et des relations satisfaisantes pour tous. Il doit soutenir et
accompagner le travail en équipe et une réflexion institutionnelle dans le but
de favoriser une culture scolaire de la citoyenneté portée par tous.
Trois modalités peuvent faire «vivre» ce partenariat.
a) Des espaces
Le médiateur favorise la mise en place d'espaces d'échanges: des rencontres périodiques entre acteurs
concernés par tel ou tel problème, des lieux de parole, des boîtes aux lettres,
etc., de manière à créer la circulation de l'information. La mise en réseau
doit permettre de trouver des synergies par la mise en évidence des compétences
et des ressources de chacun.
b) Des plateformes
La mise en place de plateformes de
coopération permettra aux différents acteurs (notamment aux intervenants
extérieurs qui travaillent au sein de l'école) de définir:
·
des valeurs et des
règles communes
·
des zones
spécifiques et des zones communes
·
les compétences
respectives, les complémentarités et leur articulation.
c) Des procédures
La formalisation de procédures
claires et acceptées de tous favorise le débat et la recherche de solutions
utiles. Cette clarté est indispensable pour le traitement des désaccords
enregistrés entre les divers partenaires. Elles sont une aide sur laquelle
peuvent s'appuyer les diverses parties pour trouver un accord conforme aux
principes de la médiation.
3.6 Les
modalités de mise en oeuvre de la médiation élargie
Un projet n'aboutit qu'accompagné. Plusieurs mesures d'accompagnement
sont à impulser, ou à développer, dans chacun des sites où la médiation
s'exercera selon l'esprit de la présente Charte.
·
La reconnaissance des autorités
La reconnaissance du projet par les autorités (cantons, communes, établissements)
est nécessaire car elle implique la reconnaissance officielle du problème
(crise du lien social) et la valeur de la médiation comme réponse.
·
Une formation (initiale et continue)
La formation des médiateurs scolaires doit se poursuivre en intégrant
l'acquisition de nouvelles compétences: capacité de travailler en équipe,
capacité d'activer les ressources des jeunes (médiation par les pairs, etc),
capacité de penser de manière systémique, etc.
·
Une supervision
La supervision est l'antidote d'une solitude qui a trop longtemps pesé
sur les médiateurs. Sa forme et son financement sont à déterminer dans chaque
cas.
·
Un observatoire
De conservatoire, le rôle de l'Ecole migre vers une fonction de
laboratoire, soit de champ d'essai et d'action pour des situations toujours
nouvelles et toujours diversifiées. En matière de médiation, un observatoire
des stratégies réussies s'impose, avec l'élaboration d'un recueil des données,
une documentation des expériences et une évaluation critique qui donneront du
sens à l'action et lui permettront d'opérer les réajustements indispensables.
Un site Internet pourrait être créé, favorisant l'accès de tout acteur de
la médiation à des données utiles pour lui (scientifiques, pédagogiques,
politiques, financières, etc.), en temps réel et utile pour lui. Ce site
pourrait être piloté par un groupement ad hoc (régional, intercantonal,
suisse?), ancré à une institution existante.
4. QUEL AVENIR?
Le programme de l'Office fédéral de la santé publique prend fin le 16
dé-cembre 1998 par la distribution des diplômes, à Fribourg, aux médiateurs qui
se sont formés à l'Institut de formation systémique (Fribourg).
Les principes émis dans ces pages pourraient servir de base à une Charte
de la médiation scolaire en Suisse romande et au Tessin, voire ailleurs?
L'Office fédéral de la santé publique s'oriente dorénavant vers le soutien
de projets acceptés dans le cadre d' «Ecoles et Santé» (programme-cadre mené en
collaboration avec la Conférence suisse des directeurs cantonaux de
l’instruction publique).
Un projet intercantonal, visant la mise en oeuvre et l’expérimentation
des principes élaborés ici, pourrait être présenté dans le cadre de l’appel
d’offres lancé par «Ecoles et santé».
Esquisse d'un
projet centré sur les approches de la médiation scolaire et des projets
d'établissements
Instaurer au sein des établissements scolaires des conditions de vie
commune qui constituent pour chacun, élèves et adultes, une expérience humaine
positive, enrichissant l'estime de soi et contribuant à développer à la fois
des comportements favorables à la santé et l'apprentissage de la citoyenneté.
Cette approche se veut chercher des réponses aux
problèmes suivants
·
violence et
incivilité des élèves
·
intégration
d'élèves aux origines culturelles multiples
·
épuisement
professionnel des enseignants
·
prévention
de comportements défavorables à la santé (consommation de tabac, alcool,
drogues, habitudes alimentaires malsaines, etc.)
·
difficultés d'articuler la collaboration entre les
différents intervenants internes et externes à l'école.
Expérimenter le processus de mise en place d'un projet basé sur les
valeurs et les méthodes de la médiation scolaire et du projet d'éta-blissement,
afin de définir une «charte» aboutie de la médiation scolaire et un guide pour
sa mise en place.
Déterminer deux à trois établissements scolaires par canton prêts à
s'engager dans un projet pilote de recherche‑action, qui vont mettre en
place des projets de médiation adaptés à leur contexte cantonal. Ils doivent
être prêts à documenter leur expérience et à la comparer à celle d'autres
cantons, en vue de déterminer des recommandations de bonnes pratiques. Ces
dernières serviraient ensuite à la mise en place dans d'autres écoles du
«modèle» qui se serait avéré performant.
Rédaction d'une «charte de la médiation scolaire» et
d'un guide pour la mise en place d'un tel projet dans un établissement
scolaire, définisssant
·
les principes
directeurs de la médiation scolaire
·
les objectifs visés
·
les conditions à réunir
pour assurer sa mise en place
·
les mesures
d'intervention les plus performantes pour assurer les objectifs de la médiation
·
les mesures
d'accompagnement nécessaires pour assurer le bon déroulement du processus
·
les règles de
collaboration entre les différents intervenants internes et externes d'une
telle école
·
le profil des
«nouveaux» médiateurs
·
les contenus d'un
complément de formation à l'intention des
«nouveaux» médiateurs pour les préparer à cette fonction élargie.
Mesures
Définir un chef de projet supracantonal dont
les tâches pourraient être les
suivantes
:
·
choisir les
établissements scolaires
·
apporter un soutien
à ces écoles dans leur processus de mise en place d'un projet de médiation
·
organiser un
échange d'expériences supracantonal
·
organiser des
activités de formation
·
assurer de bonnes
relations publiques au projet et aux établissements scolaires
·
assurer
l'institutionnalisation des projets
·
rédiger la « charte
» et le guide, synthèses de l'expérience.
Définir un chargé de recherche dont les tâches
pourraient être les suivantes :
·
organiser la
documentation du projet, l'analyse de l'information et assurer son retour dans
les écoles
·
assurer la
diffusion externe de l'information à propos de l'évolution du projet.
Durée:
3 ans
|
|
Mise à jour : novembre 2003 |