Ressources

thématiques

 

Médiation

 

 

 

 

 

Principes fondateurs utiles

pour la constitution d'une charte de la

médiation scolaire en Suisse romande

et au Tessin

 

Ces principes sont issus des exposés et des débats qui se sont déroulés à Jongny du 6 au10 juillet 1998 dans le cadre de l'Université d'été des médiateurs scolaires

 

Projet de l'Office fédéral de la santé publique.


 

 

Mis en forme par un comité de rédaction, ils ont été approuvés par les membres du Groupe de pilotage intercantonal de la médiation scolaire en Suisse romande et au Tessin (projet de l'Office fédéral de la santé publique) en date du

 

21 septembre 1998.

 

 

 

Impression:

Editeur et copyright:

Office fédéral de la santé publique

Unité principale Dépendances et Sida

Section Interventions Drogue

 

Auteurs:

Laurent Duruz, Genève

Maurice Nanchen, Icogne, membre du Groupe de pilotage des médiateurs scolaires

Francine Richon, Moutier, membre du Groupe de pilotage des médiateurs scolaires

Jacques-André Tschoumy, Neuchâtel, animateur de l’Université d’été

 

Commande:

René Stamm, OFSP, Section ID, 3003 Berne, tél. 031 323 87 83, E-Mail: rene.stamm@bag.admin.ch

 

 


 

 

TABLE DES MATIERES

 

                  

1. Le contexte         

 

 

2. Reflets des travaux de l'Université d'été 1998      

                  

                   2.1 Regard de mémoire           

 

                   2.2 Regard de site        

 

                   2.3 Regard d’usager     

 

                   2.4 Regards étrangers  

 

                   2.5 Regards d’avenir et de développement   

 

 

3. Principes fondateurs d'une charte de la médiation scolaire     

 

                   3.1 Considérants           

                  

                   3.2 Le champ et les principes de la médiation          

                  

                   3.3 Les objectifs de la médiation scolaire      

 

                   3.4 Les acteurs en partenariat 

 

                   3.5 Les modalités du partenariat         

 

                   3.6 Les modalités de mise en oeuvre de la médiation élargie        

 

                  

4. Quel avenir ?      

 

                   Esquisse d'un projet      

 

 



LE CONTEXTE

 

L'Université d'été 1998 des médiateurs scolaires de la Suisse romande et du Tessin servait en quelque sorte de conclusion à un programme de l'Office fédéral de la santé publique mis sur pied dès 1993. Ce programme visait à promouvoir, parmi d'autres offres, la médiation scolaire comme stratégie de prévention des troubles de l'adolescence, de la toxicodépendance en particulier.

 

Des délégués officiels des cantons du Valais, de Vaud, de Neuchâtel, de Fribourg, de Berne (partie francophone), du Jura et du Tessin ont collaboré durant six ans avec l'OFSP, au sein d'un  «groupe de pilotage», pour mettre sur pied deux formations de base en médiation scolaire, des conférences, un journal de liaison et des journées annuelles de perfectionnement intitulées « Université d'été ». La réalisation de ce programme fut confiée à l'Institut de formation systémique de Fribourg.

 

Le thème choisi pour l'Université d'été 1998 était

 

La médiation scolaire dans une école qui a changé.

Bilan et perspective.

 

Les 47 participants étaient

 

des médiateurs scolaires

des enseignants

des directeurs d'établissement

un inspecteur scolaire

des éducateurs

des parents d'élèves

des psychologues

des infirmières

des médecins

des professionnels de la prévention.

 

 

Les 22 intervenants ont traité des thèmes suivants :

 

 

-          «Rappel historique concernant les débuts de la médiation scolaire», par Louis KILCHER, Jean-Daniel BARMAN, Mario PRATTI, Samuel WAHLI.

-          «La pertinence du médiateur scolaire dans son contexte», par Jean-Claude FREYMOND


 

-          «Le modèle genevois des conseillers sociaux», par Frédy CONSTANTIN

 

-          «Les programmes d'éducation à la santé destinés aux enseignants», par Jean-Daniel BARMAN

 

-          «De quel mal profond l'émergence de médiateurs scolaires est‑elle le symptôme?», par Philippe PERRENOUD

 

-          «Panorama des changements qui ont affecté notre société au cours des vingt dernières années», par Walo HUTMACHER

 

-          «Les attentes des élèves envers les médiateurs scolaires. Résultats d'une enquête en Suisse romande et au Tessin», par les Dr Françoise NARRING et Pierre-André MICHAUD

 

-          «Les acteurs de la promotion de la santé. Complémentarité ou symétrie?», par Maurice NANCHEN, Jeanine ANNAHEIM, Chantal CHABBEY, M. STEINMANN, Vincent ESCHMANN

 

-          «La médiation par les pairs, un processus éducatif», par Jean‑Pierre BONAFE-SCHMITT

 

-          «Le modèle anglo‑saxon de la médiation scolaire», par Josef DUSS von WERDT

 

-          «Le modèle suisse alémanique Schulteam », par René STAMM

 

-          «Du médiateur à la médiation. Esquisse d'un nouveau modèle en Valais», par Maurice NANCHEN

 

-          «Changer notre approche des conflits», par Didier PINGEON

 

-          «Les projets d'établissement. Construire l'école ensemble mais pas à n'importe quel prix», par Cyril PETITPIERRE

 

 

L'animateur de l'Université d'été 1998 était Jacques-André TSCHOUMY.

 

 

Dans le cadre d'ateliers, de groupes de travail et d'échanges en séances plénières, les participants ont dessiné ensemble les contours de ce que pourrait devenir la médiation scolaire dans une école qui a changé.



2.     REFLETS DES TRAVAUX DE L'UNIVERSITE

        D'ÉTÉ 1998

 

 

L'Université d'été de Jongny 1998 fut exceptionnelle, parce qu'elle s'est trouvée à la charnière de deux projets, à l'articulation de deux époques, à la mise en contact d'acteurs très divers, et surtout à la recherche de conjonction de cinq regards trop souvent éclatés dans l'aire de la médiation scolaire.

 

 

2.1    Regard de mémoire

 

L'Université d'été 1998 a eu le privilège de pouvoir inviter et écouter ceux qu'on appelle communément les pionniers de la médiation scolaire. Ce regard diachronique s'est avéré utile car il a permis de mesurer toutes les dynamiques internes qui ont animé la médiation scolaire depuis ses débuts. A partir des initiatives vaudoises des années 70, destinées d'abord à prévenir l'usage de la drogue, on a progressivement évolué vers des options moins spécifiques. D'une pratique de remédiation centrée sur les problèmes individuels, l'intérêt s'est élargi à la communication au sein des établissements scolaires. D'une pratique souvent solitaire, on a souhaité passer à des démarches de réseau, en lien avec les autres acteurs de l'école. Plutôt que de réagir aux drames quotidiens, on voudrait contribuer à développer des compétences chez tous les acteurs de l'école dans le domaine des relations interpersonnelles.

 

 

2.2    Regard de site

 

Les intervenants invités, observateurs privilégiés de l'évolution de l'Ecole en Suisse et en Europe, ont attiré l'attention des participants à l'Université d'été non seulement sur les grands courants de métamorphose de l'action éducative mais sur la simultanéité de ces changements à tous les niveaux.

 

Au niveau macroscopique, les systèmes éducatifs relèvent de moins en moins de l'Etat‑nation qui les avait fondés que de la mondialisation; l'anomie habite souvent leurs usagers, alors que la norme frappait les frontons de toutes nos écoles communales. Ainsi que le dit l'UNESCO, l'objectif de l'école n'est pas de promouvoir les élites mais d'être une Ecole pour tous. Il en résulte une variété toujours plus grande de publics, avec des parcours scolaires toujours plus diversifiés, alors qu'ils étaient homogènes hier. Les références culturelles se multiplient dans des proportions encore inimaginables il y a peu de temps.



 

Dorénavant, l'Ecole sera jugée sur la qualité de ses productions (output) plutôt que sur l'ampleur de ses certitudes et de sa bonne volonté (input). C'est un vrai changement paradigmatique pour elle.

 

Les enseignants n'appartiennent plus à la classe dirigeante, mais à une nouvelle classe moyenne. Telle est l'image du « prof » dans la société, au niveau mésoscopique, soit à celui de l'établissement scolaire, dans le village, dans la  ville, dans le quartier. Mais bien d'autres changements affectent son statut. L'établissement scolaire devient l'unité de référence. Celui‑ci a vécu longtemps sur une image de conservatoire (de morale, de savoirs), il se transforme en laboratoire (d'expériences de vies pour demain) et même en observatoire (de sa propre action), en médiation : on ne prescrit plus de remèdes, on cherche à agir sur les causes, et toujours avec les acteurs, dits naturels, parce que les plus proches dans la vie quotidienne.

 

Quant au niveau micro, soit celui de la classe, de l'enseignant et de l'élève, le changement, bien que non uniforme, est très perceptible par tous les parents : les pratiques normées cèdent devant les pratiques réflexives, les stratégies homogénéisantes s'effacent devant une diversification progressive, le nous et le vivre ensemble se superposent à l'élève et à son projet individuel; en cas de problèmes, l'action homéopathique par un enseignant compétent est recherchée en priorité au détriment de la trop simple délégation de com-pétences à un spécialiste (l'action allopathique, comme cela fut appelé à Jongny).

 

Mais l'Ecole n'est pas seule à bouger, les usagers ont modifié leur regard eux aussi.

 

 

2.3     Regard d'usagers

 

L'Ecole doit tendre à devenir lieu de parole, et non plus seulement lieu d'en-seignement. Telle est la principale ligne directrice des enquêtes présentées à Jongny sur l'attitude des jeunes à l'égard de la médiation scolaire.

 

Les savoirs standardisés ne suffisent plus, s'impose l'acquisition de compétences sociales, relationnelles.



C'est que deux mouvements majeurs traversent ce regard des usagers :

 

1. La Convention internationale des droits de l'enfant du 20 novembre 1989 modifie le statut de l'enfant et de l'adolescent à l'école. Il n'y est plus mineur; il est devenu détenteur et propriétaire, de devoirs certes, comme hier, mais de droits aussi, et cela c'est aujourd'hui.

 

2.  Les enseignants romands sont en train de se donner une Charte, à la manière des médecins ou des avocats, soit un code éthique qui fasse d'eux des professionnels.

 

Ce double courant est fondamental pour quiconque veut comprendre l'évolution de l'Ecole en cette fin de siècle. Une Ecole suisse en lien avec le Monde.

 

 

2.4   Regards étrangers

 

L'étranger n'a pas paru étrange aux participants de l'Université d'été. Les regards croisés, au contraire, ont permis de mesurer l'intérêt de stratégies découvertes comme communes ou, au contraire, spécifiques.

 

Le lieu n'est pas ici d'analyser tous ces regards croisés. Quelques pistes, toutefois:

 

-          l'Ecole n'est plus un cloître mais un champ social, avec tous ses conflits et toutes ses tensions

-          une citoyenneté est à construire, articulant à la fois la mondialisation et le repli, le territoire et l'identité, les valeurs communes et les valeurs spécifiques

-          gérer la diversité est un objectif désormais majeur de l'Ecole, et de toutes les écoles

-          l'Ecole joue un rôle nouveau, bien que retrouvé, d'acteur social, d'acteur de nouvelles dynamiques scolaires et sociales, d'entreprise culturelle

-          la pratique réflexive est jugée prometteuse

-          la médiation par les pairs (en cas de conflit, des jeunes sont choisis comme médiateurs par leurs camarades) a frappé considérablement l'attention de l'assistance et conforte la thèse dite homéopathique de la médiation scolaire; son développement est annoncé dès la rentrée de 1998 en plusieurs points de Suisse romande

-          la médiation migre: de méthode elle est devenue attitude, puis engage-ment

-          la médiation n'est pas qu'un credo, c'est un état d'esprit, une éthique

-          la formation se fait par supervision et par une pratique toujours réflexive.

 

Ces diverses stratégies, européennes et américaines, se retrouvent toutes sur un point: restaurer, grâce à l'école, un lien social devenu bien ténu.


 

 

2.5       Regards d'avenir et de développements

 

La restauration du lien social est un objectif désormais explicite de l'Ecole. Telle est, en termes lapidaires, le nouveau credo des projets d'avenir qui ont été débattus à Jongny. Qu'on parle de «projets d'établissements», de «nouvelles citoyennetés à l'école», d'«écoles qui marchent», les remarques suivantes furent constantes:

 

-          la crise du lien social est patente

-          régénérer les liens sociaux est objectif scolaire

-          le travail en amont est majeur (l'amont, c'est la relation, l'estime, le respect ou, à l'inverse, la brimade, l'humiliation, etc.)

-          penser globalement (bain social) et agir localement (chaque enfant)